La découverte de ce groupe il y a maintenant une quinzaine d’années (encore une notion du temps qui m’échappe..) fut une révélation. Tout ce qui peut nous évoquer le style d’un rock 100% anglais et cela fait du bien. Le groupe est originaire de Tyne and Wear (UK), plus précisément des villes de Jarrow et Washington. Il a été formé en 2008 par les frères Robert Coles (chant/guitare) et Michael Coles (guitare), et Matthew Hall (bass).
Un de leur premier clip « Isles » nous fait penser au cinéma de Ken Loach …. déjà une ambiance, un son et une réalisation pur british (!)
Au fil du temps, d’autres musiciens ont rejoint ou collaboré avec le groupe. Leur musique mêle un rock indépendant mélodique avec des guitares vives, des rythmes de percussion assez présents, et parfois des influences afro-beat ou tropicales.
Les textes parlent souvent de vie quotidienne, de réflexions personnelles ou sociales, plutôt que de clichés rock classiques. Au début, ils ont donné des concerts dans des lieux peu conventionnels (salles de cours universitaires, wagon de métro, boutiques) dans le Nord-Est de l’Angleterre, pour développer une proximité avec le public.
Vu comme commentaire : « This song is perfect.. This band is perfect.. This album is perfect… »
Leur premier single notable : One Night in October (2009), qui avait attiré l’attention dans le circuit indépendant au Royaume-Uni. Puis un premier album : In Search of Elusive Little Comets, sorti le 31 janvier 2011 via le label indépendant Dirty Hit. Leur deuxième album : Life Is Elsewhere, sorti le 15 octobre 2012, puis encore leur troisième album : Hope Is Just a State of Mind (16 février 2015) — marque un peu plus de maturité ou de changement dans le son. Enfin leur quatrième album : Worhead, sorti le 10 mars 2017 via leur propre label « The Smallest Label ». Depuis ils continuent de sortir des singles/EPs et sont en train de travailler sur un cinquième album (2025).
Après un bref passage chez un grand label (Columbia Records) en 2009, ils ont rompu avec celui-ci pour rester indépendants. Leur propre label « The Smallest Label » leur permet une plus grande liberté artistique depuis les années 2010. Le groupe a su fidéliser un public régional (Nord-Est de l’Angleterre) tout en accédant à une reconnaissance plus large dans le circuit indie britannique. Ils sont souvent cités pour leur approche DIY (faire beaucoup par eux-mêmes) et leur sincérité dans l’écriture. Un exemple de single politique : Total Abject Paranoia (2021) qui évoque des thèmes de peur collective, populisme et autres sentiments.
Concert le 13 novembre 2025 à DingWalls, London (billets sur axs.com)
Programmation Montreux Jazz 2025. Ezra Collective contribue à placer la scène jazz britannique vers des nouveaux sommets. Ils ont cette capacité « d’émouvoir » autant le théâtre antique de « Jazz à Vienne » que la « Boiler Room ». Les cinq musiciens d’Ezra ne cessent de grandir dans l’estime de bien des amateurs de musique de tous horizons, qui voient en eux un groupe qui allie jazz, dub, sonorités latinos avec une dominante afrobeat.
Le groupe est composé de Femi (qui est également batteur pour Gorillaz) en tant que batteur et chef d’orchestre, Joe Armon-Jones aux claviers, James Mollison au saxophone, Ife Ogunjobi à la trompette et le jeune frère de Femi, TJ à la basse. Il s’est formé à l’origine en 2012 alors que les membres encore adolescents étaient membres du groupe Tomorrow’s Warriors, une initiative d’éducation musicale au South Bank Centre de Londres dirigé par Gary Crosby et Janine Irons.
Leur nom, Ezra, fait référence au prophète biblique Ezra et à sa pratique de l’étude des œuvres des grands noms qui l’ont précédé, une pratique que le groupe souhaite performer dans la musique de jazz.
Dernière actualité pour cet artiste hors pair, la sortie d’un album posthume Blue Note Records le 7 mai 2021 « There Is No End ». Un album posthume du légendaire batteur Afrobeat Tony Allen, décédé le 30 avril 2020 à l’âge de 79 ans. Album terriblement vivant et vibrant de ce musicien qui aura parcouru tant de projets aussi originaux qu’intéressants. “Tony avait la même ouverture d’esprit que certains musiciens de jazz, comme Herbie Hancock ou Miles Davis. Il voulait toujours innover, apprendre. Par ailleurs, il avait une philosophie de vie très saine, à rebours des mondanités. Il n’accordait aucune importance à ce que représentaient les gens. Que l’on soit connu ou pas connu, riche ou pauvre, noir ou blanc : il s’en moquait. Il avait une forme de pureté qui s’entend dans son jeu de batterie. Quand il accordait sa confiance, il était très généreux, fidèle et encourageant. C’était vraiment très agréable de travailler avec lui.” ( Vincent Taeger, musicien ayant joué sur l’album « Film of life »). Ici un concert live « Tribute to Art Blakey Jazz Messengers » à « La maison des arts de Créteil » le 19 février 2016 (1- Invitation 0:51?min. 2- Are you Real 13:52?min. 3- Politely 23:35?min. 4- Night in Tunisia 35:56?min. 5- Moanin 46:20?min. 6- Drum Thunder suite 56:55?min. BasH!! & Tony Allen Drums; JeanPhi Dary piano,Rhodes; Mathias Allamane upright Bass ; Jowee Omicil alto, soprano saxes)
Il a inventé avec le grand Fela l’afrobeat. Après 36 albums en commun il a quitté le chanteur charismatique devenu trop radicalisé sans doute mais surtout pour explorer d’autres horizons « Quand j’ai arrêté de jouer avec Fela et que je suis parti en Europe, d’abord à Londres, on m’a demandé de faire une musique formatée, robotique, qui suivait la mode ou qui répétait ce que j’avais déjà réalisé. C’est quelque chose que je n’ai pas supporté. Pendant plus de quinze ans, je n’ai presque plus rien enregistré. »… Ici un live de Fela à Berlin 1970
Bien sur Tony Allen s’intéresse à toutes les musiques mais pas à celle qui agite aujourd’hui les dancefloors de son pays d’origine. « P-Square ? Wizkid ? Davido ? Ce n’est pas de la musique, c’est du business, du divertissement. Il n’y a aucune créativité dans ce qu’ils font : ils suivent seulement une tendance et copient les sons américains. Ils seront toujours un cran en dessous. C’est pour ça que, personnellement, je n’ai pas voulu faire une carrière de jazzman, je savais que la copie serait toujours moins bonne que l’original. Ce qui m’énerve le plus, c’est qu’ils se collent l’étiquette » afrobeat ». Pour moi, ça n’a aucun lien avec ce que nous avons fait. »
« Jazz is jazz, that’s it » (Le jazz est le jazz, c’est tout). Cela dépend de qui en parle, de quel instrument il joue. C’est cela la force du jazz. Moi, je suis un batteur, j’ai donc ma propre définition. Le problème est que cela s’uniformise, car tous les musiciens contemporains de jazz sont passés par les mêmes écoles de musique. Cette formation les limite, ils sonnent tous de la même façon, vont tous dans la même direction. Peu jouent différemment. Ceux-là ont alors en commun d’avoir voyagé de par le monde et donc dans leur musique, alliant ainsi diverses influences. »
« J’aime explorer les choses. Je m’ennuie vite si je fais la même chose, en répétition. Et si je m’ennuie, j’ai besoin de chercher. Quand je travaille un album, je compose sans cesse, avec une seule idée. Ne pas répéter ce que j’ai fait ou ce que d’autres ont fait. Ce doit être quelque chose qui sonne différemment. La première chose que je compose, ce sont les partitions pour ma batterie, c’est la structure de tout. ». Mais alors comment avec une carrière aussi longue ne pas se répéter .. « C’est ma batterie qui me le dit. Elle me dit que j’ai créé un nouveau chemin où je n’étais jamais allé auparavant. Je joue de la batterie de la même façon que je suis dans la vie. Avec simplicité. Ma batterie est comme un être humain. Je m’adapte à la façon dont elle me répond. C’est un dialogue aussi. Elle reprend ce que je voulais lui dire. Je ne frappe pas ma batterie, je la caresse. Car je veux qu’elle chante. Tout mon groove est comme un chant, ce n’est pas un tam-tam et du bruit ». Cette simplicité dans sa musique constamment recherchée.. Tony Allen se souvient avoir dit très à Fela Kuti : » Keep it simple ». « Ce conseil de simplicité, je l’avais donné à Fela Kuti quand nous jouions aux États-Unis. Il faut ralentir les choses et l’afrobeat devenait trop compliqué, je lui ai dit de revenir à l’essentiel. De toute façon, je préférais l’acronyme KIS (keep it simple), au mot afrobeat. Je ne sais pas ce qu’est l’afrobeat. Il fallait lui trouver un nom, c’est tout. On a pensé à « alike Jazz », mais cela ne semblait pas bon comme nom. Puis est venu ce nom, afrobeat, en référence à l’afro-rock, afro-funk. Mais il y avait trop d’afro ceci, afro cela. Au final, ce n’est qu’un nom. Le nom ne fait pas la musique. »
Un musicien largement influencé par Art Blakey. Art avait coutume de dire « Black is beautiful ». Cette idée que revendique aussi Tony Allen « la musique africaine est au-delà du langage parlé. La musique est en soi une forme de langage : les percussions par exemple disent quelque chose, il faut les écouter attentivement. Je parle sans ouvrir ma bouche avec ma batterie. C’est peut-être cela la caractéristique de la musique africaine. Art Blakey savait qu’il venait de là. Il faisait du jazz à sa façon. Il avait voyagé et était allé vivre avec des gens qui jouaient de façon non académique de la batterie, des percussions. Il était allé au Nigeria, au Ghana. Il a pu revenir aux États-Unis et montrer en quoi sa façon de jouer était différente. »
Et finalement pour conclure « je recherche la lenteur et la légèreté en toute chose. C’est pour cela que ma musique est vivante, elle est construite et simple à la fois. La lourdeur que l’on met dans une chose la rend pesante. C’est la même chose pour les problèmes : plus on les considère comme graves, plus ils le seront. C’est ma philosophie de vie. »